Quebecor: une menace pour la démocratie
Rarement n’a-t-on vu une telle menace pour la démocratie au Québec. La concentration des médias a atteint un tel niveau que la santé du processus démocratique et la liberté d’expression sont en péril.
Quebecor de Pierre-Karl Péladeau a réussi avec sa stratégie de« convergence » (un terme mielleux remplaçant « monopolisation ») à mettre la main sur un vaste réseau médiatique chevauchant l’imprimerie commerciale, la presse écrite, les médias télévisuels, la câblodistribution et les portails internet.
Qu’est-ce que Quebecor?
Faisons un portrait rapide de Quebecor. Tout d’abord, il s’agit d’un amalgame d’entreprises de communication à concentration verticale.
Quebecor, c’est Videotron, le plus grand réseau câblé dans la province et Canoë, un portail internet bien connu. C’est aussi le groupe télévisuel TVA, les librairies Archambault, les éditions CEC et Sogides incluant les Éditions de l’Homme ainsi que les Presses Libres. Il ne faut surtout pas oublier Sun Media avec son éventail de journaux comprenant Le Journal de Montréal, le Journal de Québec, le Toronto Sun et bien d’autres quotidiens locaux.
Le tout générant près de 4 milliards de dollars de revenus annuellement.
Nous devons aussi inclure les imprimeries de Quebecor World, présentement sous la protection de la loi sur les arrangements avec les créanciers, qui rapportaient presque 7 milliards de dollars à la fin de l’exercice fiscal 2006 (source).
Les périls de la concentration et de la convergence
Au fil des années, Quebecor acquis de nombreuses entreprises afin d’étendre ses activités et d’opérer de la sorte des économies d’échelle. En ayant la mainmise sur des compagnies aux fonctions complémentaires, elle a pu réduire ses coûts d’opération en contrôlant du bas jusqu’au haut tous les intermédiaires impliqués dans son processus de production.
Des presses de l’atelier d’imprimerie à la Une du Journal de Montréal, de l’enregistrement des nouvelles du soir à TVA jusqu’aux téléviseurs des clients câblés de Videotron, Quebecor contrôle de A à Z l’ensemble des étapes d’exploitation.
La machine fonctionne tellement bien qu’une récente étude d’ Influence Communication révèle qu’ « en 2008, 36% de la couverture des quotidiens de l’empire Quebecor a porté sur des émissions diffusées par ses propres chaînes (TVA et LCN, entre autres) » et que plusieurs autres émissions issues d’autres réseaux ont été éclipsées.
Seulement, c’est que toute cette concentration indue pose un problème éthique évident. Outre le fait que l’on impose un modèle culturel aux clients en privilégiant tel contenu provenant du même propriétaire au lieu d’un autre originaire d’un concurrent, il y aussi la problématique de la conservation de la liberté de presse et de l’objectivité des journalistes.
C’est ce qu’évoquait l’Institut de Recherche sur le Québec à la suite d’un avis du Conseil de Presse du Québec datant de 2003 : « on constate que les salles de rédaction et les rédacteurs en chef sont en perte d’autonomie et d’indépendance face aux directives formelles et informelles des propriétaires ayant des visées certes économiques mais aussi idéologiques ».
Ingérence politique de Quebecor
Depuis les tentatives de rationalisation de Quebecor par son président, Pierre-Karl Péladeau, initiées avec l’ancien conflit au Journal de Québec et se continuant avec le présent lock-out au Journal de Montréal, nous avons pu constater de nombreuses attaques contre le modèle québécois et le mouvement syndical à TVA/LCN ainsi qu’au Journal de Montréal avec des campagnes propagandistes telle que « Le Québec dans le rouge » et les participations de ténors de droite comme Daniel Audet, Nathalie Elgrably, Joseph Facal et Richard Martineau dont certains sont collaborateurs à l’Institut Économique de Montréal.
Le patron de Quebecor cherche évidemment à dicter une direction idéologique à son empire en privilégiant les discours de la droite économique et en implantant une nouvelle agence de presse de son cru dénommée QMI.
Plusieurs éléments de preuves peuvent appuyer ce constat :
- Dans un récent article de QMI, une agence se prétendant de même qualité et aussi objective que la Presse Canadienne ou l’AFP, on a pu lire, dans un texte sans auteur, une phrase émettant clairement un jugement de valeurs contraire à la véritable objectivité journalistique : « Les gouvernements ont-ils raison de sacrifier autant d’argent alors que les finances publiques sont à la dérive? Le déficit du Québec devrait se chiffrer à près de cinq milliards pour l’exercice 20092010 et celui d’Ottawa atteindra une cinquantaine de milliards. »
Le travail d’un journaliste se borne à rapporter les faits, pas à les interpréter.
- En février 2010, un article du journaliste Dany Doucet du Journal de Québec, repoussait l’insolence et le dédain de la volonté populaire au delà de ses limites. La trame et le titre de son torchon « Le Québec dans le rouge: dix solutions acceptées » laissent perplexe.
Se basant sur un sondage, il affirme que les recettes proposées pour s’attaquer aux « vaches sacrées » de la société québécoise sont approuvées par la population!
Depuis quand un sondage traduit la volonté d’un peuple? Depuis quand on remet l’expression des désirs d’une société à un média qui affirme sans équivoque qu’un consensus s’est dégagé sans à prime abord qu’un véritable débat public se soit déroulé ou qu’une implication des citoyens ait eu lieu?
On suggère carrément aux citoyens ce qu’ils doivent penser. Pure démagogie et propagande, voilà tout.
-Le 28 octobre 2009, on publiait le prétendu témoignage d’un papa québécois qui s’inquiète de la dette publique refilée à son bambin. Ce que le Journal de Montréal a évité de dire dans cet article est que ce père, Yannick Labrie, est un chercheur associé à l’Institut Économique de Montréal, un groupe de réflexion de droite!
Quebecor est vraiment prompt à faire toutes les bassesses et joue sur la fibre sentimentale ainsi que sur la fourberie afin de faire passer son message doctrinal et propagandiste.
En conclusion
L’arrogance du prince des médias ne s’arrête donc plus à la sphère communicationnelle, son terreau naturel, mais déborde maintenant sur la vie publique et politique du peuple québécois. Jamais le pouvoir d’un seul homme n’a autant menacé la viabilité démocratique du Québec.
Une menace qu’a mis en lumière la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) : « Le président de la Fédération, Bryan Myles, considère que le droit du public à une information complète et diversifiée est menacé ».
Même constation de la part de l’Institut de Recherche sur le Québec : « l’uniformisation et la standardisation du contenu fait en sorte que le pluralisme idéologique et la libre circulation des idées inhérents à la bonne santé démocratique d’un pays sont mis en péril. Cette situation constitue un danger puisque la diffusion de différents points de vue sur un enjeu est réduite »
Les autorités publiques devraient se pencher sur ce dossier et envisager un démantèlement de Quebecor pour assurer une véritable pluralité de l’information et des opinions mais aussi pour empêcher une domination des points de vue et conséquemment des intérêts particuliers de certains individus sur ceux de la population en général.
La vie démocratique du Québec en dépend.
À lire:
Police à vendre
Par ces temps difficiles, le Service de police de la ville de Montréal (SPVM) cherche de nouvelles sources de financement. La métropole n’ayant plus d’argent, la direction de la ville se tourne vers ceux qui en possèdent : le secteur privé.
Ainsi, on propose la nouvelle formule : rent-a-cop.
Le directeur adjoint du SPVM, Mario Gisondi, l’affirme d’emblée : « ma vision ultime, c’est que le service de police s’autofinance ».
C’est d’une aberration sans borne.
D’accord pour un financement hors du champ de la taxation municipale. Remettre des contraventions pour infractions au code de la route afin d’arrondir les fins de mois d’un service de police est une chose, mais vendre au plus offrant les services des policiers en est une autre.
La bêtise a atteint son paroxysme lorsque le directeur du SPVM lui-même, Yvan Delorme, a demandé à ses policiers d’être créatifs et de repérer les opportunités d’affaires!!!
On pourrait l’entendre dire : « En passant les gars (et les filles), entre deux arrestations, faites du porte à porte chez les riches commerçants de la municipalité ».
Et les citoyens ordinaires dans tout ça? Jouiront-ils de la même protection civile? Devront-ils donner un petit pourboire aux agents de leur secteur afin de s’assurer de leur assistance?
De plus, les policiers pourront-ils garantir la sécurité du public dans leur nouvelle fonction de représentant de commerce? Et auront-ils tendance à accourir chez leurs clients-commerçants et à trainer les pieds chez le petit citoyen qui ne gratifie pas le service de quelques dollars?
Aussi, l’indépendance et l’intégrité de la police ne seraient-elles pas mises en péril avec une telle manœuvre ? Un service de police n’aurait-il pas avantage à ignorer un crime commis par une compagnie ou par l’un de ses employés si une inculpation se traduisait par une coupure subséquente de l’aide financière privée provenant de cette entreprise?
Allons plus loin. Ne serait-ce que la première étape de l’instauration de milices privées dont chaque grande entreprise se munirait afin de lutter contre la criminalité qui l’assaille avec tous les problèmes éthiques que cela comporte?
Devant les crises budgétaires qui touchent la plupart des gouvernements occidentaux, cette alternative peut s’avérer alléchante pour les États face à la criminalité croissante.
Mais la police est un service public et se doit de demeurer ainsi. Le privé est subordonné à l’État de droit et il ne peut s’ingérer, financièrement ou autrement, dans l’action policière au risque de la corrompre et de la vendre aux intérêts particuliers.
Les compagnies désirent plus de protection policière afin de préserver leurs biens et bénéfices ? Qu’elles acquiescent alors à payer un peu plus d’impôt afin de dégager des argents qui seront destinés à cette fin sans ingérence ou pression monétaire de leur part comme on pourrait le connaître si ce projet est adopté.
« Nos enfants nous accuseront »
C’est le titre d’un récent reportage appelant à une modification de notre style de vie, de notre mode de production industrielle, de notre agriculture et de notre alimentation.
Comme le dit l’un des conférenciers dans ce film, la nouvelle génération d’enfants sera la première de l’histoire moderne à ne pas être aussi en santé que la précédente.
Cela porte à réfléchir…
L’idéal du capital
Que le monde serait beau sans les fonctionnaires syndiqués! L’offre et la demande s’appliqueraient à tous les aspects de la vie sociale.
Pourquoi s’embarrasser d’un appareil étatique dispendieux, lourd et bureaucratique, lorsque l’entreprise privée peut se charger du travail?
Imaginez. Tous les services publics seraient offerts par le plus bas soumissionnaire et ainsi la population serait délivrée du fardeau de la taxation et de l’impôt. Plus de fonctionnaires inefficaces, plus de syndicats revendiquant toujours plus sur le dos des contribuables. La loi du marché dans son état le plus pure. Celui qui utilise paie la facture.
Au ministère du Revenu, pourquoi ne pas donner la gestion des fonds du gouvernement à une firme d’administration? Le privé est meilleur, tout le monde le sait, et nous confierons ainsi notre argent à des gens responsables et loin des magouilles financières.
La santé, bien sûr, remise au privé, dont les utilisateurs seraient les payeurs. Cela permettrait des économies substantielles aux citoyens payeurs d’impôt. Si quelqu’un est malade, c’est qu’il ne travaille pas assez. Après tout, le travail, c’est la santé, c’est bien connu. Alors pourquoi payer pour quelqu’un qui ne désire pas travailler?
Le ministère du transport, quelle perte incroyable d’argent. Donnons les routes aux compagnies de construction routière qui elles ne surfactureront pas les montants des travaux. Péages à tous les coins de rue, et pourquoi pas un GPS sur chaque voiture afin de calculer combien de kilomètres de route vous consommez? À chaque mois, les compagnies dont vous aurez parcouru les routes vous enverraient la facture. Vous roulez, vous allongez les bidous. Ce serait paradisiaque.
Même principe pour les municipalités. Finis les cols blancs assis derrière leurs bureaux à rien faire et à nous rire en pleine face. Terminés aussi les cols bleus, ces parasites de la société. On donnerait la place aux personnes, engagées par les entreprises, voulant travailler pour un salaire moindre afin, encore, d’abaisser les taxes de la population. Vous allez dans un parc ou dans un aréna de quartier avec la famille? Vous devrez débourser les frais d’entrée au commis privé payé au salaire minimum présent sur place.
L’environnement, pas besoin de ce ministère! Laissons les compagnies s’occuper elles-mêmes de ce problème. Ce sont des gens conscientisés et leurs groupes-conseils veilleront à assurer le bien être futur de la planète. Le gouvernement n’a pas à leur mettre des balises pouvant nuire à leur développement.
Vous êtes sans emploi? Pas de trouble. Ceux qui ont l’argent, c’est-à-dire les banques, vous en prêteront jusqu’au temps où vous trouverez un emploi. Et si vous n’y parvenez pas, ils incomberont le montant de la dette à vos descendants, et si vous n’avez pas d’enfant, ils prélèveront, à votre décès, vos organes encore fonctionnels afin de se rembourser. Rien n’est gratuit sur cette terre.
Enfin, la rentabilité au service du bien commun! Que le monde serait merveilleux ainsi.
Et, tant qu’à y être, pourquoi ne pas tout remettre au soin du privé?
Que la planète se porterait bien sous l’égide des multinationales.
Éliminons les gouvernements. À quoi servent-ils après tout? Ils créent des conflits, des guerres et des atrocités. Annihilons ces plaies de la terre et laissons la domination du monde à la bonne gouvernance des grandes compagnies privées de la planète.
Tous les problèmes de l’humanité se régleront par eux-mêmes sous leur sage direction.
Il faut s’attaquer à la pauvreté? Les multinationales s’y attaqueront en éliminant le problème à la source! Le seul bon pauvre est le pauvre que l’on ne voit plus. Tout compte fait, on ne transige pas avec une personne qui n’a pas un sous, alors, on la laisse mourir dans la plus complète indifférence et ce souci se résoudra par lui-même.
Le droit et la justice sociale? Les colosses économiques n’en ont rien à foutre. Celui qui ne paie pas ne mérite pas leur attention. Dans un univers contrôlé par les goliaths commercio-industriels, les droits de chaque individu seront reliés à sa position sociale.
Vous êtes un haut cadre d’entreprise? On ne vous tracassera pas pour excès de vitesse sur la route parce que votre contribution à la société vous exempte des petits délits que vous pouvez commettre. Vous êtes chômeur? N’espérez aucune clémence de la Cour : vous n’êtes qu’un poids pour la société et on vous emprisonnera dans des conditions inhumaines pour la moindre infraction. Un citoyen qui ne travaille pas est nécessairement un parasite et un criminel potentiel. Il vaut mieux le coerciser et le mettre à l’écart afin de protéger le bien-être des dirigeants de ce monde qu’on ne doit pas embêter avec des tracas sans importances.
Estimez-vous chanceux de travailler et surtout restez dans votre trou car les syndicats seront interdits et les leaders syndicaux emprisonnés pour « terrorisme économique ». Soyons clair : les droits des entreprises priment sur les droits individuels ou collectifs.
L’environnement? Foutaise! La biosphère va toujours bien et rien ne presse. Les profits, eux, sont concrets et les PDG d’entreprises n’ont pas à tenir compte des fabulations des fascistes de l’écologie, une autre race de terroristes économiques qu’on enfermera à la première occasion.
Au niveau du régime fiscal, il faut optimiser la recherche du travail et l’initiative personnelle. Finie la dictature de l’État en ce domaine. Les compagnies fixeront elles-mêmes la taxation sur les salaires de leurs propres employés en échange d’une protection médicale ou sociale en cas de malchance. Aussi, on inversa l’ancien régime d’imposition étatique des revenus en proposant un système inversement progressif. Plus vous générerez de l’argent, moins vous paierez d’impôts. Quoi de mieux pour résoudre le chômage et assurer la croissance de l’économie que d’inciter la personne à faible revenu à travailler davantage et à gagner plus afin qu’elle paye moins d’impôts? En ce sens, le niveau de vie de tous augmenterait ainsi que la productivité.
Au summum de la domination mercantile, les grandes sociétés devraient avoir le droit de créer leurs propres monnaies et leurs propres milices privées. Les gouvernements étant une espèce en voie de disparition, on devrait reléguer la charge du maintient de l’ordre aux seules organisations efficaces et capables de gérer le globe.
Finalement, la création d’un conseil pan-entreprises de gestion occulte permettrait aux grandes corporations de se concerter, de se diviser le monde et de diriger à leur façon la race humaine au dessus des préoccupations insignifiantes du petit peuple.
Note: ce texte est purement sarcastique et ironique. Il tente de démontrer que la logique capitaliste poussée à l’extrême n’a aucun sens.
À propos d’Haïti et de sa crise humanitaire
Quelle tragédie ce tremblement de terre en Haïti . Je compatie. Ce pays semble insatiablement et injustement la victime de tous les maux de l’Humanité.
Autrefois une colonie française s’étant révoltée contre l’esclavagisme au prix de massacres et du paiement de compensations financières aux propriétaires fonciers français ayant perdu leurs terres, Haïti a dû aussi subir à l’époque l’indifférence des États-Unis qui craignaient que la révolte des esclaves haïtiens servent d’exemple et d’inspiration aux esclaves sur le sol américain.
Déjà, à cette période, les fondements de la création de cet État-Nation étaient vacillants et incertains et les problèmes n’ont cessé de survenir en ce pauvre pays en quête d’affirmation et de prospérité. Depuis, dictateurs, troubles sociaux et insurrections se sont succédés avec parfois l’aval de ressortissants étrangers empêchant ainsi le pays de se développer.
Et, maintenant, voici cette catastrophe humanitaire d’une envergure de rare amplitude, comme si ce pays déjà dévasté par la pauvreté, les maladies et le sous-développement en avait besoin.
L’aide humanitaire est désormais en route de tous les coins du monde pour soulager le peuple haïtien de son désarroi et de sa misère nouvellement exacerbée. Partout, le mouvement d’empathie fuse de bonnes volontés et de gestes de solidarité se concrétisant par des dons monétaires et l’envoi de personnels civils et militaires d’appuis à la détresse haïtienne.
Un triste événement qui fait néanmoins ressortir ce qui est le plus noble et bon dans la nature humaine face à l’adversité.
Cependant, nous pouvons nous demander si cet grand élan de générosité et de compassion ne s’étiolera pas à l’épreuve du temps et du délestage médiatique de ce drame. En effet, durant une quinzaine du jour, ce sera la première nouvelle à être diffusée sur les fils de presse mondiaux et dans les grands réseaux télévisuels. Le phénomène est bien connu en communication : les catastrophes se « vendent » bien et attirent les lecteurs et les téléspectateurs. Mais, une fois le « gros » de la nouvelle passé, l’intérêt diminuera et les médias occidentaux retourneront aux bons vieux sujets d’actualité comme la crise économique, le terrorisme, l’occupation de l’Irak, de l’Afghanistan ou les aspirations nucléaires de l’Iran.
De plus, l’afflux de l’aide humanitaire sera sans aucun doute imposant dans les premières semaines ou les prochains mois, mais aura surement tendance à se raréfier progressivement. Dans un contexte de crise économique mondiale ébranlant les bases mêmes du capitalisme, il ne faut pas s’attendre à des programmes d’assistance permanents à hauts coûts de la part des pays développés. Ces derniers, surtout les États-Unis, ont des problématiques économiques énormes à résoudre et ne s’attarderont pas trop longuement sur un petit pays sans importance stratégique ou économique.
Finalement, il faut souligner un fait capital : l’aide humanitaire dans l’Histoire n’a jamais enrayé l’indigence ou le dénuement chronique. Son rôle s’est toujours limité à adoucir les conditions de vie d’une population donnée face à une affliction précise à un certain moment. Elle se borne uniquement à amoindrir les conséquences en surface sans s’attaquer aux causes de fond.
Au bout du compte, Haïti se retrouvera seul, comme il le fut toujours.
Harper et son agenda
Par cette prorogation des activités de la Chambre des communes qui déplace les travaux parlementaires en mars prochain, le gouvernement Harper cherche évidemment à gagner du temps et à dicter une forme de « bâillon » aux partis d’opposition en ce début d’année afin d’imposer le tempo de sa future réforme de l’État.
Car la véritable raison de cette prorogation n’est pas l’affaire du transfert des détenus afghans ou la piètre image du Canada en matière de lutte au réchauffement climatique dont une majorité de canadiens hors-Québec ne semble pas réellement se soucier, mais bien la préparation de l’offensive du dégraissage de l’État si chère aux réformistes-conservateurs de monsieur Harper.
En effet, avec le début d’une nouvelle session parlementaire, le Parti Conservateur prendra le contrôle du Sénat avec ses récentes nominations partisanes et pourra alors compter sur un allié de plus dans le processus d’adoption de ses lois.
L’institution de la Chambre Haute est dépassée selon plusieurs, mais ce « power shift » en son sein peut faire la différence entre l’adoption, l’amendement ou le rejet d’un projet de loi controversé et contraire à l’intérêt public. On n’a pu le voir dans le passé : en 1990, le projet de loi C-43 initié par les progressistes-conservateurs de Brian Mulroney visant à limiter l’avortement a été bloqué par les sénateurs.
Avec l’éclosion de la crise financière, l’administration conservatrice a dû à contrecœur suivre les politiques interventionnistes des autres nations industrialisées et investir à coup de milliards dans le soutien aux banques et à l’économie en général, même si cela allait en contradiction avec ses préceptes de désengagement de l’État et de laisser-faire économique.
Mais, en mars, avec la reprise éventuelle, tous les astres seront alignés pour procéder à l’assainissement des finances publiques sous prétexte que le plan de relance a été onéreux. C’est ce qu’annonçait, le 22 décembre 2009, le premier ministre conservateur lui-même au réseau CTV en confirmant que le gouvernement ira de l’avant avec la deuxième année de son plan de relance et qu’il réduira ses dépenses (ce qui est un peu paradoxal). « Les canadiens devront se serrer la ceinture pendant cinq années» a-t-il dit.
Ces dogmatiques de droite n’ont que peu de considération envers l’opinion des citoyens ou le simple gros bon sens qui dicte qu’il ne faut pas sabrer dans les divers pans de l’apport financier de l’État en économie en pleine période de reprise chancelante et incertaine.
Malgré les sondages qui démontrent la désapprobation de l’électorat envers cette suspension des travaux parlementaires, les nouveaux conservateurs vont irrémédiablement dans la direction de faire avancer leur agenda politique et économique soutenu par leurs amis du monde des affaires sans se soucier du préjudice que cela peut amener à leurs commettants.
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L’échec de Copenhague et l’argent
L’argent, voilà ce qui a empêché une conclusion positive et toute aussi vitale pour l’Humanité à la conférence de Copenhague sur le réchauffement climatique.
D’un côté, les pays occidentaux, plus particulièrement les États-Unis (et aussi le Canada), ont souhaité un accord édulcoré afin de maintenir leur style de vie et leur dépendance au pétrole, ce qu’ils ont finalement obtenu, tandis que de l’autre bord, la Chine, en plein développement accéléré, ne semble désirer aucune entente trop contraignante à son désir d’expansion économique.
Et sur le bas-côté, dindons de la farce, se trouvent les pays en voie de développement (disons plutôt les pays en stagnation), auxquels on a promis 100 milliards de dollars sur 10 ans pour lutter contre les effets du réchauffement, question de se faire bonne conscience, au-lieu d’entreprendre de réelles démarches de réduction des gaz à effet de serre.
Il est évidemment plus profitable de saupoudrer quelques milliards aux principales victimes de ce phénomène environnemental que d’engager une politique internationale astreignante et beaucoup plus onéreuse pouvant nuire à l’activité économique et à l’enrichissement des nations les plus prospères.
Pourtant, on estime que ce montant est nettement insuffisant pour faire face aux répercussions désastreuses qui s’annoncent, comme la montée accélérée du niveau des mers et la migration climatique. Comme toujours, les pays riches se lavent les mains du sort des pays pauvres qui paieront la plus grosse part de la facture du laisser-aller dans le dossier du changement climatique.
À notre ère, tout se ramène aux valeurs pécuniaires. Pour les affairistes et l’élite économique, tous les problèmes peuvent se régler avec l’argent, même le réchauffement climatique, comme si on pouvait donner quelques miséreux milliards de dollars à la planète en guise de compensation!
Mais, dans 100 ans, lorsque la détérioration du système climatique aura atteint un point de non-retour, la race humaine réalisera que tout ce qu’elle croyait jadis important, comme la croissance du PIB, le profit, le « développement » économique, ne sont que peu de choses en rapport à la qualité d’un environnement stable, sain et viable à long terme.
Pour une économie humaine
« La seule finalité légitime de l’économie est en effet le bien-être des hommes, à commencer par celui des plus démunis. Et, par bien-être, il faut entendre la satisfaction de tous les besoins des hommes; pas seulement ceux que comblent les consommations marchandes, mais aussi l’ensemble des aspirations qui échappent à toute évaluation monétaire : la dignité, la paix, la sécurité, la liberté, l’éducation, la santé, le loisir, la qualité de l’environnement, le bien-être des générations futures, etc.
Corollaires de cette finalité, les méthodes de l’économie humaine ne peuvent que s’écarter de l’économisme et du scientisme de l’économie mathématique qui a joué un rôle central au XXe siècle. L’économie humaine est l’économie d’un homme complet (dont l’individu maximisateur de valeurs marchandes sous contrainte n’est qu’une caricature), d’un homme qui inscrit son action dans le temps (et donc l’histoire), sur un territoire, dans un environnement familial, social, culturel et politique ; l’économie d’un homme animé par des valeurs et qui ne résout pas tout par le calcul ou l’échange, mais aussi par l’habitude, le don, la coopération, les règles morales, les conventions sociales, le droit, les institutions politiques, etc.
L’économie humaine est donc une économie historique, politique, sociale et écologique. Elle ne dédaigne pas l’usage des mathématiques comme un langage utile à la rigueur d’un raisonnement, mais refuse de cantonner son discours aux seuls cas où ce langage est possible. Au lieu d’évacuer la complexité des sociétés humaines (qui ne se met pas toujours en équation), l’économie humaine s’efforce de tenir un discours rigoureux intégrant la complexité, elle préfère la pertinence à la formalisation, elle revendique le statut de science humaine, parmi les autres sciences humaines, et tourne le dos à la prétention stérile d’énoncer des lois de la nature à l’instar des sciences physiques. «
Jacques Généreux (économiste) dans Introduction à l’économie (Éditions du Seuil)
À lire: Le capitalisme est contre-nature




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