Homo politicus

L’Humain est un être politique

Sarah Palin : future présidente des États-Unis?

SPLa gouverneure de l’Alaska annonce sa démission du poste de chef de l’exécutif de son état. Le 26 juillet, elle passera les rênes du pouvoir à son lieutenant-gouverneur.

Malgré sa défaite aux dernières présidentielles américaines en tant que colistière de John McCain, madame Palin demeure l’une des meilleurs prospects possibles du Parti Républicain pour lutter contre Barack Obama à l’élection de 2012.

Ce serait d’ailleurs pour préparer sa campagne présidentielle qu’elle quitterait la gouvernance de l’Alaska.

On constate bien ici que les républicains se débattent comme des diables dans l’eau bénite afin de se relever de la débandade qu’ils connaissent d’un océan à l’autre des États-Unis.

Les candidats à la présidence ne doivent pas faire la queue devant les bureaux du Parti Républicain et ce dernier semble désespérément prêt à accepter n’importe qui avec un semblant de notoriété pour porter son flambeau.

La déconnection des républicains avec la réalité est de plus en plus évidente.

Après avoir souligné vivement leur opposition au programme de relance économique d’Obama, ils s’apprêteraient à choisir comme leader une femme qui fut la risée de la planète par sa bêtise et son manque de connaissance du monde. De plus, sa récente déclaration qu’Obama mène l’Amérique vers le socialisme n’a rien pour bonifier le peu de crédibilité qu’elle possède.

Il faut dire que la venue de Sarah Palin à la tète des républicains constituerait la suite logique du règne de G.W. Bush. Tant qu’à promouvoir des ignares sans culture, le Parti Républicain irait encore plus dans la même lignée avec madame Palin.

Mais quelle expérience possède Sarah Palin pour oser prétendre à la présidence? Sa fonction de gouverneure de l’Alaska? Pas du tout.

N’importe quel imbécile peut gérer un état qui engrange des surplus faramineux en raison de sa faible population et de ses ristournes pétrolières. En fait, l’état de l’Alaska est tellement riche qu’il octroie des allocations universelles à tous ses habitants.

Mais la donne a changé récemment. La crise économique ainsi que la demande baissière de pétrole à travers le monde ont miné la prospérité de l’Alaska. Le nombre de sans-emplois a cru de 27% depuis un an et le taux de chômage a bondi de 6.8% à 8.4% depuis décembre 2008.

Le plus inquiétant est que la gouverneure quitte le navire de son état en pleine crise économique même s’il lui restait encore 18 mois à son mandat.

Elle a déclaré d’ailleurs : “Cela me fait mal de faire ce choix mais je fais ce qu’il y a de mieux pour l’Alaska“.  Que voulait-elle dire?  Quelle est trop incompétente pour gérer une situation économique difficile?

Je vous le demande : les États-Unis ont-ils besoin de ce genre de politiciens qui tirent leur révérence lorsque les choses tournent au pire?

Cela en dit long sur l’implication sociale et l’engagement public de Sarah Palin.

juillet 3, 2009 Posté par Jimmy St-Gelais | politique, économie, états-unis | , , , , , , | Pas encore de commentaires

Les fondements socio-économiques de la crise politique en Iran

Voici un excellent article publié dans Le Devoir concernant les fondements socio-économiques de la crise politique en Iran. 

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L’Iran en crise – Les signes de fissure se multiplient

Le grand soulèvement populaire qui a suivi l’annonce de la victoire écrasante de Mahmoud Ahmadinejad aux élections présidentielles du 12 juin en Iran, parmi des accusations de fraudes, d’irrégularités et d’infractions, est allé bien au-delà des enjeux mêmes de ces élections. Celles-ci mettaient en compétition des candidats qui avaient déjà fait leurs preuves en exerçant des fonctions clés au sein du régime clérical issu de la révolution de 1979.

Ce mouvement de contestation en scandant des slogans tels que «marg bar dictator» (mort au dictateur) a pris l’ampleur d’un véritable débordement qui en dit long sur la gravité de la crise que connaît aujourd’hui la société iranienne, trois décennies après l’usurpation du pouvoir par le clergé fondamentaliste.

Mir Hossein Moussavi, le chef de l’opposition, a été le premier ministre de la République islamique d’Iran de 1981 à 1989, une période pendant laquelle, sous prétexte de la guerre contre l’Irak, toutes les forces politiques laïques ou religieuses dissidentes qui avaient participé au renversement du régime du shah ont été brutalement écartées et réduites au silence les unes après les autres. C’est au cours de cette période sanglante — caractérisée par des exécutions sommaires des opposants, leur emprisonnement en masse ou leur fuite à l’étranger — que la République islamique s’est imposée comme appareil d’État.

Réforme du régime

Surpris par l’ampleur insoupçonnée des manifestations de ces derniers jours, qui se sont soldées jusqu’à présent par une vingtaine de morts et plusieurs centaines d’arrestations, M. Moussavi s’est empressé d’affirmer que son objectif n’était pas de renverser ou d’affaiblir la République islamique, mais plutôt de la débarrasser de ses mensonges et de ses hypocrisies. Mais peut-on vraiment réformer un régime qui, au fil des années, s’est transformé en un véritable despotisme religieux?

En effet, Ali Khamenei, le guide de la révolution ou le guide suprême, qui est également le chef de l’État, concentre entre ses mains un immense pouvoir qui lui permet de diriger à la fois les forces armées, le système judiciaire, le Conseil des gardiens qui veille à la compatibilité des lois à la Constitution et à l’islam, etc. Bien que théoriquement il puisse être démis de ses fonctions par l’Assemblée des experts, il jouit d’un mandat à vie qui lui confère un pouvoir illimité. Par ailleurs, tous les candidats pour les élections au suffrage universel, à commencer par le président de la République, les députés du Parlement (Majles) et les membres de l’Assemblée des experts, sont sélectionnés par le Conseil des gardiens, qui a un droit de veto sur leur nomination.

Cette structure pyramidale du pouvoir qui ne laisse aucune place à la dissidence s’est accompagnée d’une économie polarisée par les revenus d’exportation du pétrole qui est à l’origine des mécontentements populaires et des frustrations accumulés depuis 30 ans.

Rôle du pétrole

Le pétrole en Iran, comme dans tout autre pays pétrolier du Moyen-Orient, a depuis toujours joué un rôle clé dans le maintien de l’équilibre social et politique. La mobilisation de la rente pétrolière en faveur de la classe moyenne avait, par exemple, permis au régime du shah de créer une assise sociale qui légitimait son pouvoir dictatorial.

Après la révolution de 1979, ce sont les dirigeants religieux qui se sont approprié les revenus du pétrole et qui ont tenté de créer leur propre assise sociale en mettant en place de nouvelles institutions, Bonyad (fondations), et en redistribuant ces revenus à leur clientèle telle que les Pasdaran (les Gardiens de la révolution) et les Basiji (force paramilitaire) qui ont servi de leviers de répression aux mollahs. Le vol, la corruption, les détournements et les commissions occultes associés à ces revenus ont permis à certains membres du clergé de s’enrichir rapidement. Il en est par exemple ainsi de l’ayatollah Akbar Hashemi Rafsanjani, président de la République islamique de 1989 à 1997, considéré aujourd’hui comme l’homme le plus riche du pays.

La politique économique suivie par Mahmoud Ahmadinejad, considéré comme un ultraconservateur, pendant son premier mandat présidentiel entre 2005 et 2009 ne lui a pas permis de résoudre les problèmes hérités de son prédécesseur «libéral» Mohammad Khatami et de mettre un terme au scandale de l’utilisation des revenus du pétrole à des fins d’enrichissement personnel.

Gestion médiocre

La forte augmentation du prix mondial du brut pendant cette période a en effet permis au nouveau président de redistribuer la manne pétrolière aux couches sociales appauvries sous forme d’aides et de subventions diverses et en abaissant les taux d’intérêt. Cette politique économique populiste a cependant provoqué une forte poussée inflationniste, de 25 à 30 % par an, maîtrisée en partie par un taux de change artificiellement surévalué, ce qui a favorisé les importations en décourageant la création des emplois dans un pays qui compte pourtant un grand nombre de chômeurs parmi ses jeunes.

Mahmoud Ahmadinejad a tenté de minimiser la médiocrité de sa gestion économique en mettant l’accent sur le succès de ses programmes nucléaire et spatial et en multipliant des propos incendiaires à l’encontre de l’Occident, d’Israël et de l’oppression mondiale.

Répression

La grande récession mondiale de 2008 qui a fait chuter le prix du baril — de près de 150 dollars atteint en juillet à environ 35 dollars en décembre — a sonné le glas de la politique suivie par le président iranien. Ce dernier a depuis été forcé de prendre des mesures impopulaires pour faire face à ses déficits budgétaires. Il n’a cependant pas réussi à imposer la TVA de 3 % annoncée en octobre dernier à la suite de la grève organisée par les marchands du bazar.

Contrairement aux pays pétroliers peu peuplés du golfe Persique, l’Iran ne dispose pas de réserves importantes de devises pour faire face à ses problèmes économiques qui sont l’inflation et le chômage pendant les années de vache maigre. Tout porte donc à croire qu’en l’absence d’une opposition organisée et crédible, les mollahs n’hésiteront pas à resserrer l’étau de la répression pour venir à bout des mécontentements populaires qui sont désormais impossibles à contenir.

Nirou Eftekhari, Chercheur-économiste indépendant
Source: http://www.ledevoir.com/2009/06/25/256480.html

juin 28, 2009 Posté par Jimmy St-Gelais | international, politique, économie | , , , , , , , , | 7 commentaires

Barack Obama est le nouvel Adolf Hitler!

Si vous voulez rire un bon coup et constater la bêtise de la droite libertarienne en face de l’élection de Barack Obama, regardez ce clip!

Pour les tenants de cette idéologie, toute intervention de l’État est du fascisme.  Il vaut mieux ne jamais interférer dans le divin marché et laisser faire la main invisible pour résoudre tous les problèmes sociaux et économiques.   

N’importe quoi! 

juin 26, 2009 Posté par Jimmy St-Gelais | politique, états-unis | , , , , , , | 4 commentaires

Le Parti Québécois, François Legault et les vaches sacrées

legaultLa sortie surprenante de François Legault, député péquiste et critique de l’opposition en matière de finances, contre les « vaches sacrées » du modèle québécois en a surpris plus d’un au Parti Québécois.   

Bien que le PQ se monte contre ces déficits supplémentaires, comme le ferait toute opposition officielle, il n’est pas certain que les têtes dirigeantes du PQ aient formulées les mêmes solutions radicales à la résolution de la problématique budgétaire.  C’est probablement pourquoi il n’y a pas eu de déclaration favorable aux propos de Legault de la part de ses collègues députés du PQ.

Pourtant, c’est justement l’apport de l’État québécois, notamment par ses travaux d’infrastructures et son filet social généreux, qui a permis au Québec de se maintenir dans une position favorable par rapport aux autres provinces canadiennes dans cette crise économique.

Plusieurs économistes affirment même que la Belle Province est en meilleure posture que toutes les autres au Canada et cela est d’autant plus vrai que pour une fois le chômage y est moins élevé que chez l’ancienne très prospère Ontario.  Pas si mal pour l’État le plus à « gauche » en Amérique du nord.

En s’opposant autant drastiquement au projet de loi 40 qui suspend l’obligation du gouvernement québécois de ne pas générer de déficit pendant les quatre prochaines années, le comptable et ancien homme d’affaires devenu politicien montre ses vrais couleurs.

Et il ne tient évidemment pas compte que tous les pays occidentaux injectent des milliards afin de relancer une économie qui a perdu pied par un trop grand laisser-aller.

Monsieur Legault se positionne ainsi dans la même lignée que les lucides Bouchard et Facal. 

En bon finissant des HEC, il comptabilise la réalité « en plus et en moins » sans inclure les effets sociaux bénéfiques d’un État providence.   Malgré toutes ses compétences et son expérience, il lui manque une vision socio-économique globale nécessaire à tout bon homme d’État.

Que serait le Québec sans ses vaches sacrées?  Sans la santé universelle et l’école publique?  Sans son interventionnisme en économie? Sans le soutien aux démunis?

Bien, il serait aussi mal au point aujourd’hui que le sont les États-Unis, l’Islande, l’Irlande ou la Grande-Bretagne. 

Par ailleurs, monsieur Legault vient d’ouvrir une boite de pandore parmi les rangs du Parti Québécois et il est peu probable que son intervention peu habile lui fera faire des gains de sympathie dans cette formation politique.  Le SPQ Libre, la frange extrémiste du PQ,  doit bouillir de colère et demandera probablement sa tête dans les prochains mois.

On se demande même s’il ne serait pas mieux de rejoindre la cohorte de l’Action Démocratique du Québec tellement ses idées ressemblent à celles émises par le principal candidat à la chefferie de l’ADQ, Éric Caire, qui demande ni plus ni moins que l’émasculation totale de l’État de la vie économique et sociale.

Mise à jour au 25 juin:  

Bien, la pression a été trop forte pour Legault.  Sa dernière sortie a dû lui nuire plus que prévu au sein du Parti Québécois.

Il a lancé un caillou dans la marre en espérant des réactions positives parmi ses collègues péquistes, mais sans résultat.  Alors, devant l’indifférence en rapport à ses idéaux, il a quitté..

juin 20, 2009 Posté par Jimmy St-Gelais | politique, québec, économie | , , , , , , , , , , , , , | 8 commentaires

General Motors est nationalisé

gm soc

Ça y est.    

Les gouvernements américain, canadien et ontarien viennent de mettre la main sur l’ancien fleuron du capitalisme américain suite à sa mise en faillite. 

La nouvelle entreprise qui sortira des vapeurs de la déchéance de l’ancienne plus grande corporation au monde sera contrôlée par des autorités publiques car aucun investisseur privé ne veut risquer de perdre sa chemise avec un canard bouteux tel que GM.

Et cela est sans compter l’actionnariat détenu par les syndicats des employés de GM! 

C’est incroyable.

Au pays de l’entreprise privée et du divin libre marché, on nationalise le plus grand symbole de l’entrepreneurship capitaliste. 

Ici, les affairistes ont pris leurs jambes à leurs coups laissant à l’État le soin de réparer leurs pots cassés et lorsque les choses iront mieux pour GM, ils reviendront à la charge en dénigrant l’interventionnisme des gouvernements afin de reprendre le contrôle sur ce qu’ils ont perdu par leur incompétence et leur avarice.

juin 2, 2009 Posté par Jimmy St-Gelais | canada, prospective, économie, états-unis | , , , , , , | 5 commentaires

La “grande peur” des conservateurs

consLe parti de Stephen Harper tente de nous effrayer une fois de plus. 

Les conservateurs ont sans doute un agenda caché en annonçant cette prévision pessimiste d’un déficit important de 50 milliards de dollars dans le budget fédéral de l’année fiscale en cours.

Pourtant, en novembre 2008, le ministre des finances Jim Flaherty prévoyait un petit excédent budgétaire pour se réviser par la suite en janvier 2009 avec un déficit de 34 milliards.  Là, il nous annonce sans sourciller un manque à gagner de 50 milliards.  C’est à croire qu’il est incompétent ou qu’il exagère les choses afin d’atteindre les objectifs non-dévoilés de son parti.   

Il est très surprenant et rare qu’un gouvernement au pouvoir dévoile à l’avance des projections négatives sur l’état des finances publiques.  Il faut être masochiste ou inconséquent politiquement pour avouer ouvertement un échec futur malgré tous les risques de perte de crédibilité pouvant jouer lors des prochaines élections générales, sauf si cette manœuvre s’intègre dans une stratégie à long terme.

Depuis leur accession au pouvoir, les conservateurs cherchent à imposer leur politique économique de droite, c’est-à-dire dégraisser l’État et couper sauvagement dans les services publics.

On se souviendra qu’ils ont déjà tenté le coup avec le budget de novembre 2008 et que seule l’opposition majoritaire avait pu les faire changer d’idée avec la menace d’élections précipitées.

Les conservateurs ne ratent jamais une occasion.  La tourmente économique sera un nouveau prétexte pour justifier des mesures d’urgence de délestage étatique devant cette soi-disante crise des finances publiques.

Pas besoin de posséder une boule de cristal pour deviner où le Parti Conservateur au pouvoir s’en va avec cette prédiction d’un déficit imposant pour l’année fiscale 2009-2010.

Il va s’en servir pour faire avancer l’application de son précepte de diminution du rôle de l’État, en convaincant les électeurs du bien-fondé de sa politique économique agrémentée de baisses d’impôt, même si des milliers de canadiens perdent leurs emplois et que tous les pays occidentaux n’hésitent pas à nationaliser des entreprises et intervenir vigoureusement afin de soutenir une économie mondiale hypothéquée par des années de laisser-faire économique.

mai 30, 2009 Posté par Jimmy St-Gelais | canada, politique, économie | , , , , , | 3 commentaires

Le participalisme et l’après capitalisme

ac“Le participalisme implique une réappropriation populaire des moyens de production ; bien entendu le plus souvent sans le consentement des propriétaires. Ceux qui travaillent s’expriment de plus en plus ouvertement en faveur d’une nouvelle forme d’économie, mais leurs entreprises restent essentiellement des structures soumises à une quête sans fin de profits. Et les luttes se poursuivent pour de meilleures conditions de travail, pour redéfinir les emplois, etc. Mais lorsque la bataille aura été gagnée, il n’y aura plus à se battre contre une classe de propriétaires avides de profits ou une classe de coordinateurs cherchant à maximiser leurs avantages. Pour empêcher que nos adversaires trouvent assez de monde pour brandir les armes qu’ils possèdent en masse, il faut fournir à leurs « volontaires » des raisons pour qu’ils n’acceptent plus de jouer le jeu des dominants. Le participalisme fournit ces raisons.”

Michael Albert, auteur du livre “Après le capitalisme”

À lire aussi: L’anarcho-syndicalisme : le meilleur des deux mondes

mai 30, 2009 Posté par Jimmy St-Gelais | citations, économie | , , , , , , , , , , , , , | Un commentaire

Le profit avant la liberté d’expression

censurePour le patronat québécois, la liberté de faire de l’argent pèse plus lourd dans la balance que la liberté d’expression.

En effet, un projet de loi anti-slapp (loi 9) est en procédure d’adoption à l’Assemblée nationale du Québec en réponse aux poursuites des minières Barrick Gold et Banro contre les Éditions Écosociété qui ont publié récemment l’essai controversé «Noir Canada ». 

Dans cette cause toujours pendante, ces compagnies tentent de bâillonner la liberté d’expression en poursuivant pour un total de 11 millions de dollars la maison d’édition et les trois auteurs du livre.  Autrement dit, elles cherchent à faire fermer les portes de cet éditeur.

En guise d’information, le Slapp (Strategic Lawsuits Against Public Participation) est une tactique légale utilisée par les entreprises pour lutter contre toute organisation environnementale, communautaire, sociale ou gouvernementale qui oserait s’opposer aux projets de développement d’une compagnie.  Ce que vous ignorez surement, c’est qu’on a enchâssé une clause aux conséquences analogues (chapitre 11) dans l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) datant de 1994.

Ceci dit, il n’en fallait pas plus avec ce projet de loi pour faire monter aux barricades les gens d’affaires de toute la province regroupés sous la Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ) et le Conseil du patronat (CPQ).  Ils brandissent l’épouvantail d’un ralentissement économique amplifié par cette nouvelle législation comme ils le font toujours lorsqu’on sème de quelques embuches leurs activités.

Ces hommes (et femmes) d’affaires s’inquiètent de voir entraver leur course folle vers leur enrichissement personnel.  De la sorte, ils s’opposent et piétinent le droit à la dénonciation par le public des possibles dérives que pourrait engendrer leur soif aveugle de bénéfice.

Mais de quoi ces gens ont-ils peur?  Craignent-ils la critique ou d’être soumis à l’examen?  Pourtant, après les nombreux scandales qui ont ébranlé le capitalisme depuis quelques années, une surveillance publique accrue de leurs agissements est plus que jamais de mise.

Et si on leur imposait les mêmes entraves à la liberté d’expression en leur interdisant de montrer leur désaccord envers les gestes d’un gouvernement, d’un groupe écologiste, social ou communautaire?  Leur vision du dossier changerait probablement du tout au tout.

En fait, la liberté d’expression s’applique à tous et c’est sur la base de la confrontation des opinions que se fonde le libéralisme politique.  La démocratie ne peut être viable si on dépouille plusieurs de leurs droits pour avantager les droits de quelques-uns.  

En somme, ce projet de loi vise à rétablir un équilibre entre le pouvoir de l’argent et le pouvoir sociétal.  En vérité, un rééquilibrage entre ces deux pôles est tout à fait normal dans cette “Nouvelle Nouvelle Économie” qui se dessine après la faillite du libéralisme économique dogmatique (néolibéralisme).

Le business québécois n’a pas raison de s’offusquer d’une telle loi, sauf s’il a des choses à camoufler.  Après tout, si un groupe non-mercantile quelconque diffuse des propos diffamatoires infondés, il sera facile à la compagnie attaquée de le faire taire sous juste prétention devant les tribunaux.  Sinon, toute autre poursuite-bâillon est non-avenante et injustifiée.

mai 24, 2009 Posté par Jimmy St-Gelais | justice, médias, politique, québec, société, économie | , , , , , , , , , , , , , | 32 commentaires

“Le capitalisme touche à sa fin” – Entrevue avec Immanuel Wallerstein

IWSignataire du manifeste du Forum social de Porto Alegre (”Douze propositions pour un autre monde possible”), en 2005, vous êtes considéré comme l’un des inspirateurs du mouvement altermondialiste. Vous avez fondé et dirigé le Centre Fernand-Braudel pour l’étude de l’économie des systèmes historiques et des civilisations de l’université de l’Etat de New York, à Binghamton. Comment replacez-vous la crise économique et financière actuelle dans le “temps long” de l’histoire du capitalisme ?

Immanuel Wallerstein : Fernand Braudel (1902-1985) distinguait le temps de la “longue durée”, qui voit se succéder dans l’histoire humaine des systèmes régissant les rapports de l’homme à son environnement matériel, et, à l’intérieur de ces phases, le temps des cycles longs conjoncturels, décrits par des économistes comme Nicolas Kondratieff (1982-1930) ou Joseph Schumpeter (1883-1950). Nous sommes aujourd’hui clairement dans une phase B d’un cycle de Kondratieff qui a commencé il y a trente à trente-cinq ans, après une phase A qui a été la plus longue (de 1945 à 1975) des cinq cents ans d’histoire du système capitaliste.

Dans une phase A, le profit est généré par la production matérielle, industrielle ou autre ; dans une phase B, le capitalisme doit, pour continuer à générer du profit, se financiariser et se réfugier dans la spéculation. Depuis plus de trente ans, les entreprises, les Etats et les ménages s’endettent, massivement. Nous sommes aujourd’hui dans la dernière partie d’une phase B de Kondratieff, lorsque le déclin virtuel devient réel, et que les bulles explosent les unes après les autres : les faillites se multiplient, la concentration du capital augmente, le chômage progresse, et l’économie connaît une situation de déflation réelle.

Mais, aujourd’hui, ce moment du cycle conjoncturel coïncide avec, et par conséquent aggrave, une période de transition entre deux systèmes de longue durée. Je pense en effet que nous sommes entrés depuis trente ans dans la phase terminale du système capitaliste. Ce qui différencie fondamentalement cette phase de la succession ininterrompue des cycles conjoncturels antérieurs, c’est que le capitalisme ne parvient plus à “faire système”, au sens où l’entend le physicien et chimiste Ilya Prigogine (1917-2003) : quand un système, biologique, chimique ou social, dévie trop et trop souvent de sa situation de stabilité, il ne parvient plus à retrouver l’équilibre, et l’on assiste alors à une bifurcation.

La situation devient chaotique, incontrôlable pour les forces qui la dominaient jusqu’alors, et l’on voit émerger une lutte, non plus entre les tenants et les adversaires du système, mais entre tous les acteurs pour déterminer ce qui va le remplacer. Je réserve l’usage du mot “crise” à ce type de période. Eh bien, nous sommes en crise. Le capitalisme touche à sa fin.

Pourquoi ne s’agirait-il pas plutôt d’une nouvelle mutation du capitalisme, qui a déjà connu, après tout, le passage du capitalisme marchand au capitalisme industriel, puis du capitalisme industriel au capitalisme financier ?

Le capitalisme est omnivore, il capte le profit là où il est le plus important à un moment donné ; il ne se contente pas de petits profits marginaux ; au contraire, il les maximise en constituant des monopoles – il a encore essayé de le faire dernièrement dans les biotechnologies et les technologies de l’information. Mais je pense que les possibilités d’accumulation réelle du système ont atteint leurs limites. Le capitalisme, depuis sa naissance dans la seconde moitié du XVIe siècle, se nourrit du différentiel de richesse entre un centre, où convergent les profits, et des périphéries (pas forcément géographiques) de plus en plus appauvries.

A cet égard, le rattrapage économique de l’Asie de l’Est, de l’Inde, de l’Amérique latine, constitue un défi insurmontable pour “l’économie-monde” créée par l’Occident, qui ne parvient plus à contrôler les coûts de l’accumulation. Les trois courbes mondiales des prix de la main-d’oeuvre, des matières premières et des impôts sont partout en forte hausse depuis des décennies. La courte période néolibérale qui est en train de s’achever n’a inversé que provisoirement la tendance : à la fin des années 1990, ces coûts étaient certes moins élevés qu’en 1970, mais ils étaient bien plus importants qu’en 1945. En fait, la dernière période d’accumulation réelle – les “trente glorieuses” – n’a été possible que parce que les Etats keynésiens ont mis leurs forces au service du capital. Mais, là encore, la limite a été atteinte !

Y a-t-il des précédents à la phase actuelle, telle que vous la décrivez ?

Il y en a eu beaucoup dans l’histoire de l’humanité, contrairement à ce que renvoie la représentation, forgée au milieu du XIXe siècle, d’un progrès continu et inévitable, y compris dans sa version marxiste. Je préfère me cantonner à la thèse de la possibilité du progrès, et non à son inéluctabilité. Certes, le capitalisme est le système qui a su produire, de façon extraordinaire et remarquable, le plus de biens et de richesses. Mais il faut aussi regarder la somme des pertes – pour l’environnement, pour les sociétés – qu’il a engendrées. Le seul bien, c’est celui qui permet d’obtenir pour le plus grand nombre une vie rationnelle et intelligente.

Cela dit, la crise la plus récente similaire à celle d’aujourd’hui est l’effondrement du système féodal en Europe, entre les milieux du XVe et du XVIe siècle, et son remplacement par le système capitaliste. Cette période, qui culmine avec les guerres de religion, voit s’effondrer l’emprise des autorités royales, seigneuriales et religieuses sur les plus riches communautés paysannes et sur les villes. C’est là que se construisent, par tâtonnements successifs et de façon inconsciente, des solutions inattendues dont le succès finira par “faire système” en s’étendant peu à peu, sous la forme du capitalisme.

Combien de temps la transition actuelle devrait-elle durer, et sur quoi pourrait-elle déboucher ?

La période de destruction de valeur qui clôt la phase B d’un cycle Kondratieff dure généralement de deux à cinq ans avant que les conditions d’entrée dans une phase A, lorsqu’un profit réel peut de nouveau être tiré de nouvelles productions matérielles décrites par Schumpeter, sont réunies. Mais le fait que cette phase corresponde actuellement à une crise de système nous a fait entrer dans une période de chaos politique durant laquelle les acteurs dominants, à la tête des entreprises et des Etats occidentaux, vont faire tout ce qu’il est techniquement possible pour retrouver l’équilibre, mais il est fort probable qu’ils n’y parviendront pas.

Les plus intelligents, eux, ont déjà compris qu’il fallait mettre en place quelque chose d’entièrement nouveau. Mais de multiples acteurs agissent déjà, de façon désordonnée et inconsciente, pour faire émerger de nouvelles solutions, sans que l’on sache encore quel système sortira de ces tâtonnements.

Nous sommes dans une période, assez rare, où la crise et l’impuissance des puissants laissent une place au libre arbitre de chacun : il existe aujourd’hui un laps de temps pendant lequel nous avons chacun la possibilité d’influencer l’avenir par notre action individuelle. Mais comme cet avenir sera la somme du nombre incalculable de ces actions, il est absolument impossible de prévoir quel modèle s’imposera finalement. Dans dix ans, on y verra peut-être plus clair ; dans trente ou quarante ans, un nouveau système aura émergé. Je crois qu’il est tout aussi possible de voir s’installer un système d’exploitation hélas encore plus violent que le capitalisme, que de voir au contraire se mettre en place un modèle plus égalitaire et redistributif.

Les mutations antérieures du capitalisme ont souvent débouché sur un déplacement du centre de “l’économie-monde”, par exemple depuis le Bassin méditerranéen vers la côte Atlantique de l’Europe, puis vers celle des Etats-Unis ? Le système à venir sera-t-il centré sur la Chine ?

La crise que nous vivons correspond aussi à la fin d’un cycle politique, celui de l’hégémonie américaine, entamée également dans les années 1970. Les Etats-Unis resteront un acteur important, mais ils ne pourront plus jamais reconquérir leur position dominante face à la multiplication des centres de pouvoir, avec l’Europe occidentale, la Chine, le Brésil, l’Inde. Un nouveau pouvoir hégémonique, si l’on s’en réfère au temps long braudélien, peut mettre encore cinquante ans pour s’imposer. Mais j’ignore lequel.

En attendant, les conséquences politiques de la crise actuelle seront énormes, dans la mesure où les maîtres du système vont tenter de trouver des boucs émissaires à l’effondrement de leur hégémonie. Je pense que la moitié du peuple américain n’acceptera pas ce qui est en train de se passer. Les conflits internes vont donc s’exacerber aux Etats-Unis, qui sont en passe de devenir le pays du monde le plus instable politiquement. Et n’oubliez pas que nous, les Américains, nous sommes tous armés…

mai 17, 2009 Posté par Jimmy St-Gelais | politique, prospective, économie, états-unis | , , , | 7 commentaires

Ça passe ou ça casse pour Barack Obama

bo2Suite de mon billet Le moment de vérité pour Barack Obama

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Il y a onze jours, le nouveau président américain, Barack Obama, annonçait vouloir s’attaquer aux paradis fiscaux des particuliers et surtout des grandes entreprises.

Lundi dernier, il a continué de plus belle en promettant d’annuler les avantages fiscaux concédés sous l’ancienne administration  aux contribuables les plus riches ainsi qu’aux grosses compagnies.

En plus, il veut mettre fin au laxisme économique du règne de G.W. Bush en poursuivant des monopoles comme Microsoft, IBM et même Google pour pratiques anticoncurrentielles.

Le tout doit être approuvé prochainement par le congrès américain.

Ouf!  Obama a du pain sur la planche!

Il joue désormais toute sa carrière et le bien-fondé de sa politique économique avec un congrès pourtant démocrate mais hostile à de trop grandes transformations économiques car trop infiltré par des groupes de pression affairistes.

Certains disaient qu’Obama laisserait tomber son agenda économique après la prise du pouvoir… il semble qu’il y tient plus que jamais.

Ça passe ou ça casse pour Obama!  Souhaitons-lui bonne chance!

mai 16, 2009 Posté par Jimmy St-Gelais | politique, économie, états-unis | , , , , , , , , , , , , , , | Un commentaire